03.05.2012

Il y a une fin à tout même à ce journal.

 

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Journal de Robinson, cinq-cent-quarante-cibquième jour dans l'Ile. Ce journal me déçoit, je glisse dans le médiocre, la névrose bon marché.  En voulant devenir Fernando Pessoa, je me suis réveillé dans le costume mal taillé d’un Charles Juliet de sous-préfecture. Ce que j’écris n’a aucun sens, ce que je vis non plus d’ailleurs. Mais si c’était à refaire, je passerais encore à côté de ma vie. Je suis né sous le signe de la foudre. C’est une malédiction qui me poursuit  d’incarnation en réincarnation,  pour les siècles des siècles. Les mots sont  et resteront mon seul refuge. Je m’y retire, entouré de belles phrases sans être dupe de ce qui m’attend: certaines d’entre elles, les plus belles, n’hésiteront pas à me trahir si l’occasion se présente. Mais c’est ainsi, les mots comme les filles s’appartiennent, nul ne les possède vraiment. Je n’ai plus de feu pour éclairer ma route. Plus rien ne brûle au creux de mon ventre. Juste le goût amer de la fumée. Seulement une douleur atroce, à la limite du supportable. Je meurs à chaque instant dans une aberrante course vers le désastre. Je n’appartiens plus à ce monde. Mon cœur est sous la menace. La faucheuse agrippe mon épaule de ses griffes avides et me tire vers elle.  J’ai bu un grand verre de cognac : le vertige d’une illusion de chaleur et puis mon sang qui se glace…