22.01.2012

De l’effet de la constipation sur la production des bulles papales.

 

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Journal de Robinson, quatre-cent-quatre-vingtième jour dans l'Ile. J'ai exhumé ce texte de mes archives. D'abord écrit pour Jean-Paul II, je trouve qu'il ira comme un gant à Benoît XVI  (scène tournée en caméra cachée dans les cabinets du Vatican).Et voilà qu’enfin son gros intestin boudiné a pris le mauvais parti (ceci sans son accord exprès) d’user – in petto – de son droit de veto, commettant des aigreurs qui rejaillissent par des canaux divers et variés à l’orée des orifices du saint officier [parturiunt montes ; nascetur ridiculus mus (1)].  Et voilà le guide de la chrétienté soudain pris à la gorge, contraint par ces errements de demander grâce à sa propre pestilence – si Dieu veut lui préserver la plus précieuse de ses facultés, la respiration naturelle, [spiritus ubi vult spirat (2)] celle-ci se trouvant fort compromise par les effets de ces météorismes -, car il n’est rien de plus mal aisé que de s’extraire toutes affaires cessantes d’un lieu d’aisance lorsque le laxatif produit son foudroyant effet. Coliques et diarrhées engendrent des défécations pernicieuses où l’épreinte suggère à l’esprit tourmenté du patient rivé à son Saint-Siège l’hallucination des déjections des animaux les plus divers : ambre gris de cachalot, fumées de cerf, colombine de pigeon et cent autres bouffissures des plus répugnantes. De retour à l’insupportable réalité, le gosier du successeur de Saint-Pierre se crispe brutalement dans des spasmes déchirants  [labor omnia vincit improbus (3)] et ce sont rots, flatuosités et miasmes qui s’en vont contrarier l’insoutenable effort du rectum. Et dans un final de tragédie antique  le corps pantelant du prélat  s’affaisse irrésistiblement à travers la chaise percée [trahit sua quemque voluptas (4)] tandis qu’un râle épouvantable pollué de relents bilieux empuantit l’air devenu rare des latrines papales : « Eli, Eli, lamma sabacthani, qualis artifex pereo (5) ! »  

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(1) La montagne accouchera d’une souris. 

(2) L’esprit souffle où il veut. 

(3) Un travail opiniâtre vient à bout de tout.  

(4) Chacun a son penchant qui l’entraîne vers le gouffre. 

(5) Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ; avec moi périt un grand artiste !

06.01.2012

Les destins sont écrits en grosses lettres sur le front de chacun.

 

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Journal de Robinson, quatre-cent-soixante-quinzième jour dans l'Ile.Je remplis ce journal pour la dernière fois. Je vais quitter l'Ile sur un radeau de fortune. Au fil des jours, j'ai pris conscience qu'il était vain de croire que ce bout de terre perdu au milieu de l'océan pourrait un jour accueillir des êtres civilisés. Je pars, à la recherche d'un lieu encore plus isolé, coupé d'un monde dont la sauvagerie me révulse. « N'accusons pas la mort d'être cruelle. Bien avant elle, la vie sépare déjà ceux qui se sont le plus sincèrement aimés ». Les destins sont écrits en grosses lettres sur le front de chacun. Lutter ne servirait à rien. Mais, le plus dur est devant nous car il faut continuer à vivre avec un caillou de plus dans la besace. Le même jour, un peu plus tard. Mon radeau n'a pas réussi à franchir la barrière de corail. Il a été broyé par des vagues d'une violence extrême. Je n'ai survécu que par un heureux concours de circonstances. Ai-je rêvé? Une sirène m'a sauvé de la noyade et ramené sans connaissance jusqu'au rivage. Lorsque j'ai repris mes esprits, je l'ai entendue plonger derrière moi.  Cachée derrière un rocher, elle m'a observé un long moment. Lorsque je lui ai fait un signe pour la remercier, elle a tourné la tête et a disparu dans les profondeurs d'une fosse marine. La vie a repris sur l'Ile mais rien ne sera plus comme avant.  Je sais désormais que la solitude est mauvaise conseillère.  Pourquoi Vendredi m'a-t-elle quitté sans laisser un mot d'explication? Peut-être aurais-je du commencer par lui apprendre à écrire?

05.01.2012

Des naufrages et de ceux qui y survivent.

 

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Journal de Robinson, quatre-cent-soixante-treizième jour dans l'Ile. Je viens de lire le récit  de Paulius Norwantas. Un compagnon d'infortune de plus! Naufragé dans la mer d'Aral, en Asie centrale, ce professeur russe  a passé cinquante-cinq jours sur une île déserte par une température autour de zéro. Il n'avait avec lui que quinze grammes de thé, vingt-deux morceaux de sucre, six oignons et un demi-pain. J'ai honte de me plaindre tant mon exil est plus confortable! Qu'est-ce que l'impuissance? C'est parfois de regarder en refusant de voir.  Ce sentiment peut se ressentir lorsque nous devons accomplir une tâche qui nous dépasse et que nous exécutons sans trop nous poser de questions. J'ai trouvé sur ma route un point d'interrogation qui n'annonce rien de bon, un spécimen de ces escargots, nombreux sous nos latitudes, et dont la particularité est de laisser derrière eux de longues traînées de sécrétions gluantes.   "J'abdique, renonce à mes pouvoirs, aspire à l'inutilité, à l'insuffisance, à la gratuité de mon existence. Mon frère, cesse de conjurer le mauvais sort en clouant sur les portes des granges grands-ducs et fous de Bassan. A l'échelle de l'univers, ni seigneurs, ni bouffons n'influent plus sur la course désordonnée des astres".

01.01.2012

Des cougars et de leurs proies plus ou moins consentantes.

 

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Journal de Robinson, quatre-cent-soixante-et-onzième jour dans l'Ile.  Lettre ouverte à la femme mûre croisée une nuit sans lune dans une ruelle sombre. Séant, m'ayant pris pour ce que je n'étais pas,   elle s'en ouvrit à moi sans ménagement, trouvant que, si je ne faisais pas mon âge,  elle eût préféré se repaître de chair plus fraîche. Cruelle, je reste sans voix. Comment se fît-il qu'un seul instant vous pensâtes que je fusse un freluquet, un jeune barbon sans expérience de la vie? Dois-je supputer qu'en découvrant mon grand âge vous envisageâtes de vous priver de ma pratique. Certes, il n'est pas très engageant de converser avec un compère qui a déjà tant vécu. Quel feu païen a réveillé le volcan éteint de votre corps perclus de rhumatismes? Etait-ce la perspective engageante de serrer dans vos bras fatigués un vigoureux loup des plaines? Très chère, ôtez-moi de l'esprit ce doute malsain qui gâcha toute une grande journée passée à vous attendre à côté de ma boite aux lettres, debout dans la froidure et exposé aux averses nombreuses en cette saison. Aujourd'hui, à l'heure des voeux pieux pour vierges impies,  je ne sais que vous adresser entre mon amical souvenir et mon profond mépris.

31.12.2011

Bien à l’abri, écouter la tempête au-dehors.

 

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Journal de Robinson, quatre-cent-soixante-dizième jour dans l'Ile. « Quoi de plus doux, lorsque l'on est étendu sur un ferme plancher, que d'entendre au-dehors la pluie tomber en cascade? »   écrit Sophocle dans sa tragédie  Les Joueurs de tambour.  Tandis qu'autour de mon refuge le monde s'écroule,  bien à l'abri  je savoure en fin connaisseur  le spectacle des éléments déchaînés  Et même si une petite voix s'évertue à vouloir me faire entendre raison, je ne parviens pas à ressentir le moindre sentiment de culpabilité,  partant du principe que "l'on voit avec plaisir les maux qu'on ne sent pas".  Montaigne suspecte que derrière une inclination à trop s'apitoyer  se cache  l'égoïsme d'une âme pervertie.   La principale manifestation n'en est-elle pas la volupté maligne, aigre-douce, éprouvée par ceux qui expriment une excessive compassion pour les maux touchant de parfaits inconnus? Alors, même si le sage ne se réjouit pas du malheur des autres moins chanceux, son bien-être à lui est conforté par la vue de toutes les catastrophes que le sort lui épargne. Le bonheur peut ainsi s'apprécier par simple comparaison. Une méthode très efficace pour vivre sans frustration

26.12.2011

Redonnons au verbe son vrai pouvoir.

 

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Journal de Robinson, quatre-cent-soixante-huitième jour dans l'Ile. Heureuse distance qui embellit les êtres dans le souvenir que nous avons d'eux ou dans l'idée que nous nous en faisons!  Que dire de ces chers disparus qui ont toutes les qualités, de ces explorateurs partis à l'autre bout de la planète et qui tardent à revenir, de ces amis lointains avec lesquels nous entretenons de somptueuses relations épistolaires (comme Balzac et Madame Hanska) en attendant sans impatience le moment de se retrouver enfin... Tu es belle chère Vendredi lorsque tu sors la tête hors de la vague qui t'emporte chaque jour un peu plus loin de tes bases.  Je comprends mieux comment j'ai pu me laisser envoûter par toi. Notre rencontre a remué en moi beaucoup de certitudes que je croyais ne plus jamais avoir. Alors redonnons au verbe son vrai pouvoir, celui de nous faire croire en des jours meilleurs et en des sentiments sincères.